8 juillet 2017

[Abbé Gainche, fsspx - St Nicolas du Chardonnet] Impossibilité absolue de se couper totalement et volontairement de Rome sous peine… (sermon)

SOURCE - Abbé Gainche, fsspx - St Nicolas du Chardonnet (sermon) - 29 juin 2017

Il est évident que l’Incarnation n’avait pas pour but qu’une simple visite divine de la terre ou des créatures humaines. Si ce n’avait été que pour cela, le Fils de Dieu se serait il de lui-même livré à ses ennemis sachant qu’ils voulaient le faire mourir ? Ce seul fait suffit à manifester son intention réelle et ultime : sauver les hommes en offrant sa vie humaine en sacrifice d’agréable odeur à Dieu afin de leur mériter le pardon divin de leurs péchés qui, sans cela, les condamnaient à l’Enfer éternel.
   
Mais contrairement à ce qu’a prétendu Luther, cette seule mort du Christ ne sauve pas effectivement ou un simple regard confiant sur elle, comme sur le serpent d’airain brandi par Moïse dans le désert, ne suffit pas. Il est indispensable que chaque homme renonce librement, efficacement et totalement au péché au moins mortel. C’est pour l’y inciter que Jésus a institué le sacrement de baptême puis celui de pénitence car il n’est malheureusement pas assez d’y renoncer une fois pour toute. Nous y retombons. Le Sauveur a même fait une obligation grave de recevoir ces sacrements. Et elle est devenue une nécessité pour que le pardon des péchés, obtenu de façon générale, globale ou par principe, sur la Croix nous soit accordé ensuite de façon particulière et réelle par eux. Mais qui dit sacrements, dit ministres ayant le pouvoir de les administrer. Et qui dit ministres, dit l’institution du sacerdoce et une autre institution pour assurer sa transmission et son exercice dans les meilleures conditions. Tout cela est la raison d’être et l’essence de l’Eglise dont on voit ainsi pourquoi Jésus devait logiquement la fonder avant de quitter cette terre.
   
Puisqu’elle ne fait que poursuivre et parfaire sa propre œuvre salvifique, il en est lui-même le premier fondement mais désormais invisible. Ainsi, de même qu’étant d’abord de nature divine, puisque personne divine, il a voulu être visible en s’incarnant pour inaugurer la Rédemption des hommes, de même pour sa continuation et son aboutissement chez les hommes vivant depuis sa venue a-t-il aussi voulu qu’elles se réalisent visiblement en désignant son premier représentant ou vicaire ici bas, Pierre, avec ses premiers collaborateurs, les autres Apôtres [1]. Puis en leur communiquant ses propres pouvoirs divins, surtout celui de remettre les péchés, mais aussi celui de les transmettre à leur tour et ainsi de suite jusqu’à la fin du monde. Enfin en leur promettant que la nouvelle société ainsi créée jouirait toujours de son assistance spéciale afin de se maintenir contre vents et marées.
   
L’Eglise a donc un caractère volontairement et nécessairement visible, bien que s’y exercent des pouvoirs presque exclusivement de nature spirituelle (invisibles dans leurs effets) et bien qu’elle soit composée, d’abord, des âmes (invisibles) sur lesquelles ils s’exercent. Ce caractère est tel que l’Eglise s’est elle-même et d’une certaine façon incarnée ou a fait corps avec une terre, un territoire, celui de Rome. Car Pierre, son premier chef, en a finalement et définitivement fait son port d’attache, sa résidence d’où il veillait sur toutes les autres parties de l’Epouse mystique du Christ. Ce lien charnel ou matériel est si fort que, de nos jours où de nombreuses sociétés religieuses revendiquent le titre d’Eglise de Jésus Christ, le premier critère, pour distinguer la seule, vraiment héritière de la toute première, de toutes les sectes, est qu’elle ait à sa tête l’évêque de Rome, successeur véritable ou légitime de Pierre [2].
   
Cela implique qu’aucune autorité ecclésiastique dans le monde n’est à son tour légitime si elle n’est pas reçue directement ou indirectement du Pontife romain [3]. Et qu’aucune âme n’est vraiment reliée et unie à J.C. donc sauvée si elle ne reconnaît ces autorités et ne se soumet [4] à elles autant que cela est moralement possible [5]. Telle est la signification certaine des « clés du Royaume des Cieux » confiées par le Christ au seul Pierre ou au seul Simon, fils de Jona. Nous ne devons jamais le perdre de vue, notamment dans les circonstances présentes de la vie de l’Eglise où nous sommes en conflit avec le successeur de Pierre. Nous ne pouvons pas nous comporter à son égard comme envers n’importe quelle autre autorité gravement défaillante [6] dont, entre autres, nous pourrions nous éloigner, voire nous séparer complètement, sans dommages, au contraire. Cela est absolument impossible sous peine de notre perte éternelle, comme, certes, pour la même raison il est tout autant impossible de tout accepter aujourd’hui de Rome car encore imprégnée du poison mortel du modernisme.
   
C’est dire que l’attitude, que nous devons avoir envers elle, est chose excessivement délicate, voire trop subtile aux yeux de beaucoup [7]. Car tellement délicate qu’elle excède, en vérité, les seules forces humaines (sans la foi et les autres vertus surnaturelles) ; que plus que jamais elle doit être avant tout surnaturelle ou vraiment inspirée par le St Esprit, sa grâce et surtout ses fameux dons reçus spécialement pour être à la hauteur des situations spirituelles les plus délicates en vue de notre sanctification et de notre salut éternel. Mais pour que ce St Esprit puisse vraiment agir en nous, il est nécessaire, en général, que nous rejetions volontairement tout mauvais esprit et tout activisme, toute manière de réagir ou d’agir seulement inspirée par notre nature déchue et pécheresse.
   
Puisse l’intercession des grands et saints Pierre et Paul nous obtenir la grâce de bien comprendre toutes ces choses et de prendre des résolutions vraiment saintes. Profitons donc bien de la période estivale, habituellement plus calme pour la plupart, afin de nous ressourcer avant tout spirituellement, de prier mieux et plus, condition sine qua non pour parvenir à cela et repartir d’un bon pied à la rentrée ! Ainsi soit-il
   
PMG+, S.S. Pierre et Paul 2017 à St-Nicolas du Chardonnet
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[1] Pour ceux ayant vécu avant lui, ce fut par les institutions également visibles et voulues par Dieu, figures des présentes, que l’on peut voir dans tout l’Ancien Testament
   
[2] « St Pierre est le vicaire du Christ. Il est le fondement et la tête de l’Eglise » (vérité de foi, Conciles de Constance et de Vatican I)
   
[3] « Le souverain pontife de Rome paît, régit et gouverne toute l’Eglise » (vérité de foi, Bulle de Boniface VIII)
   
[4] « Tout homme est soumis au pape en ce qui concerne les choses sacrées » (vérité de foi, Bulle de Boniface VIII) ; «le souverain pontife est le père de tous les chrétiens » (vérité de foi, Concile de Florence)
   
[5] il faudrait donc « être rattaché au siège de Pierre pour ne pas aller en Enfer » ? : citation tirée d’une lettre, reçue après ce sermon, et illustrant le fait que des fidèles de St-Nicolas et d’ailleurs en arrivent à douter de cette vérité de foi à force de lire ou d’entendre certains propos simplistes ou faussement savants je ne sais où… qui ne font pas des distinctions nécessaires et élémentaires comme : se soumettre ne signifie pas nécessairement tout accepter ou « se rallier à la Rome actuelle » ; ou qui travestissent la pensée ou la mémoire de Mgr Lefebvre à leur avantage, trahissant ainsi une grande et très préjudiciable ignorance, sinon pire…, de toute sa vie et de tous ses enseignements, notamment en tant que fondateur de F.S.S.P.X.
   
[6] Faire, laisser faire ou penser le contraire serait de la démagogie gravement criminelle car fourvoierait les âmes dans la voie du schisme réel donc de la damnation éternelle.
   
[7] Qui tombent alors dans deux excès opposés : soit à droite, le sédévacantisme, la « Résistance » ou que sais je ; soit à gauche, l’obéissance aveugle des conciliaires. La position de F.S.S.P.X est comme une ligne de crête visiblement bien difficile à tenir (surnaturelle) entre ces deux pentes sur lesquelles la plupart glissent plus ou moins facilement car coïncident à des penchants humains malheureusement trop naturels : la peur de l’inconfort qu’entraîne la juste résistance à l’autorité, d’un côté ; la réaction jusqu’au-boutiste, injuste et suicidaire, de l’autre, aussi inspirée par la peur de perdre le confort de l’entre soi, si peu conforme à la parabole du Bon Pasteur ou de LA brebis perdue. Les extrêmes se rejoignent!