14 novembre 2017

[L'Homme Nouveau] Amoris laetitia : le Cardinal Burke en appelle au Magistère de Pierre

SOURCE - Cardinal Raymond Burke / propos recueillis par Edward Pentin / présentation par Abbé Claude Barthe - 14 novembre 2017

Sortir des ambiguïtés en s’appuyant sur le charisme de Pierre. Un an après, jour pour jour, la publication de leurs dubia au Pape, le cardinal Burke s’exprime à nouveau publiquement, en demandant solennellement au Pape de faire ce pour quoi il a été appelé au Siège de Pierre : confirmer ses frères dans la foi « par une manifestation claire de la doctrine concernant la morale chrétienne et le sens de la pratique sacramentelle de l’Église » (entretien avec Edward Pentin, dans National Catholic Register de ce jour).

Il rappelle l’immense confusion consécutive à l’exhortation Amoris lætitia, suscitant, de la part des évêques eux-mêmes, des interprétations opposées, certaines allant notoirement contre la foi catholique. Il explique que la clarté est consubstantielle à l’enseignement de foi donné avec autorité au nom du Christ.

Depuis un an, le Pape n’a jamais répondu, ni à la demande des cardinaux, ni à aucune autre demande similaire, son approbation de l’interprétation des évêques de la province de Buenos-Aires ne pouvant constituer une réponse. L’ambiguïté demeure. La confusion s’étend. Volontairement ?

Cette ambiguïté, dit le cardinal avec la plus grande force, n’engendre rien moins qu’un processus de « subversion des parties essentielles de la Tradition ». Elle met en péril l’enseignement permanent de l’Église, notamment sur les sacrements. En outre, si la conscience subjective devient la norme ultime, c’est toute la morale et toute la pratique sacramentelle qui se défont, et jusqu’à la notion même de sacrement.

En choisissant cette forme indirecte de correctio fraterna le cardinal présente en quelque sorte au Pape une magnifique occasion de se ressaisir par le haut, de manière pétrinienne. Ce faisant, il touche au cœur du problème magistériel d’aujourd’hui : les ambiguïtés mortifères du « pastoral » qui affligent l’Église. De l’enseignement « pastoral » ambigu, le cardinal Burke en appelle au Magistère de Pierre.

Abbé Claude Barthe
----------
Votre Éminence, où en sommes-nous après que vous avez, ainsi que le cardinal Walter Brandmüller et les deux cardinaux récemment décédés, Carlo Caffarra et Joachim Meisner, rendu publiques les dubia voici un an cette semaine ?
Cardinal Raymond Burke : Un an après la publication des dubia sur Amoris Lætitia, qui sont restés sans réponse de la part du Saint-Père, nous constatons une confusion croissante sur les manières d’interpréter l’Exhortation apostolique. C’est pourquoi notre préoccupation sur la situation de l’Église et pour sa mission dans le monde, est devenue encore plus pressante. Je demeure, bien sûr, en communication régulière avec le cardinal Brandmüller sur ces affaires des plus graves. Et nous restons, tous les deux, en profonde union avec les feus cardinaux Joachim Meisner et Carlo Caffarra, décédés au cours de ces derniers mois. Ainsi,j'avertis à nouveau sur la gravité d’une situation qui ne cesse d’empirer.
Beaucoup de choses ont été dites sur les dangers que présente la nature ambiguë du chapitre VIII d’Amoris Lætitia, en soulignant qu’il est ouvert à beaucoup d’interprétations. Pourquoi la clarté est-elle si importante ?
La clarté d’un enseignement n’implique pas une quelconque rigidité qui empêcherait les gens d’emprunter le chemin de l’Évangile. Bien au contraire, elle nous fournit la lumière nécessaire pour accompagner les familles sur le chemin du disciple chrétien. C’est l’obscurité qui nous empêche de voir ce chemin et qui fait obstacle à l’action évangélisatrice de l’Église, comme Jésus l’a dit : « la nuit vient, où personne ne peut travailler » (Jn 9, 4).
Pourriez-vous nous en expliquer davantage sur la situation actuelle à la lumière des dubia?
La situation actuelle, loin d’amoindrir l’importance de nos questions, les rend encore plus pressantes. Il ne s’agit pas, comme il a été dit, d’une « ignorance affectée » [can 1325], qui ne soulève des doutes que parce qu’elle n’est pas disposée à recevoir un enseignement donné. La préoccupation était plutôt et est toujours de déterminer avec précision ce que le Pape veut enseigner comme Successeur de Pierre. Ainsi, nos questions ne sont soulevées que parce que nous reconnaissons le ministère pétrinien que le Pape a reçu du Seigneur dans le but de confirmer ses frères dans la foi. Le Magistère est un don de Dieu à l’Église pour apporter la clarté sur des points qui concernent le dépôt de la foi. Par leur nature même, des affirmations qui manquent de cette clarté ne sauraient être qualifiées d’expression du Magistère.
En quoi est-il dangereux, selon vous, qu’il y ait des interprétations divergentes d’Amoris Lætitia, en particulier sur l’approche pastorale envers ceux qui vivent dans des unions irrégulières, et particulièrement sur divorcés remariés civilement qui ne vivent pas dans la continence et reçoivent la Sainte Communion?
Il est évident que certaines dispositions d’Amoris Lætitia, relatives à des aspects essentiels de la foi et de la pratique de la vie chrétienne, ont reçu des interprétations variées qui sont divergentes et parfois incompatibles les unes avec les autres. C’est un fait incontestable qui confirme que ces instructions sont ambivalentes, qu’elles permettent des lectures variées, beaucoup d’entre elles se trouvant être en opposition avec la doctrine de l’Église. La question que nous avons soulevée, en tant que cardinaux, concerne ce que le Saint-Père a exactement enseigné et comment ses enseignements s’harmonisent avec le dépôt de la foi, étant donné que le magistère « n’est pas au-dessus de la Parole de Dieu, mais il est à son service, n’enseignant que ce qui a été transmis, puisque par mandat de Dieu, avec l’assistance de l’Esprit Saint, il écoute cette Parole avec amour, la garde saintement et l’expose aussi avec fidélité, et puise en cet unique dépôt de la foi tout ce qu’il propose à croire comme étant révélé par Dieu » (Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, n. 10).
Le Pape n’a-t-il pas dit clairement sa position dans sa lettre aux évêques d’Argentine dans laquelle il déclare qu’il n'y a « pas d’autre interprétation » que les directives que ces évêques ont publiées – directives qui laissent ouverte la possibilité pour des couples non mariés et actifs sexuellement, de recevoir la Sainte Eucharistie?
Contrairement à ce que certains ont prétendu, nous ne pouvons pas considérer la lettre du Pape aux évêques de la région de Buenos Aires, écrite peu avant d’avoir reçu les dubia, et qui contient des commentaires sur les directives pastorales de ces évêques, comme une réponse adéquate aux questions posées. D’une part, ces directives peuvent être interprétées de différentes manières. D’autre part, il n’est pas évident que cette lettre constitue un texte magistériel dans lequel le Pape ait voulu s’adresser à l’Église universelle en tant que Successeur de Pierre. Le fait est qu’on n’a eu d’abord connaissance de cette lettre que parce qu’elle a été divulguée par une fuite à la presse – elle n’a été rendue publique par le Saint-Siège que plus tard –, et cela soulève un doute raisonnable sur l’intention du Saint-Père de s’adresser à l’Église universelle. De plus, il serait tout à fait étrange – et en contradiction au désir explicitement formulé par le Pape François, de laisser aux évêques de chaque pays le soin de l’application concrète d’Amoris Lætitia (cf. Amoris Lætitia, n. 3) – qu’il puisse imposer à l’Église universelle des directives concrètes qui ne sont que celles d’une région particulière. Et les dispositions différentes promulguées par divers évêques dans leurs diocèses, de Philadelphie à Malte, devraient-elles toutes être considérées comme invalides ? Un enseignement qui n’est pas suffisamment déterminé, eu égard à son autorité et à son contenu réel, ne peut pas jeter un doute sur la clarté de l’enseignement constant de l’Église qui, dans tous les cas, demeure toujours la norme.
Êtes-vous aussi inquiet du fait que des évêques de certaines conférences épiscopales qui permettent à certains divorcés remariés vivants more uxorio (c’est-à-dire en ayant des relations sexuelles) de recevoir la Sainte Communion sans avoir la ferme intention de s’amender, sont en contradiction avec les précédents enseignements de papes, et notamment de l’Exhortation apostolique Familiaris Consortio du pape saint Jean-Paul II?
En effet, les dubia ou questions demeurent posés. Ceux qui affirment que la discipline enseignée dans Familiaris Consortio au n. 84 a changé, se contredisent entre eux quand ils en expliquent les raisons et les conséquences. Certains en sont venus jusqu’au point de dire que des divorcés engagés dans une nouvelle union et qui continuent à vivre more uxorio, ne se trouvent pas dans une situation objective de péché mortel (citant Amoris Lætitia n. 303). D’autres nient cette interprétation (citant Amoris Lætitia n. 305 à l’appui), mais laissent entièrement au jugement de la conscience de déterminer les critères d’accès aux sacrements. Il semble que le but de ces interprètes est d’arriver, par tous les moyens, à un changement de la discipline, et que les moyens qu’ils allèguent pour y parvenir sont sans importance. Ils ne se sont pas non plus préoccupés de mettre grandement en danger des points essentiels du dépôt de la foi.
Quel effet palpable de ce mélange d’interprétations?
Cette herméneutique de la confusion a déjà produit un triste résultat. De fait, l’ambiguïté sur un point concret de la pastorale pour la famille, a conduit certains à proposer un changement de paradigme de toute la pratique morale de l’Église, dont les fondements ont été enseignés avec autorité par saint Jean-Paul II dans son encyclique Veritatis Splendor.

Vraiment, un processus a été mis en mouvement qui est une subversion de parties essentielles de la Tradition. Pour ce qui est de la morale chrétienne, certains prétendent que les normes morales absolues doivent être relativisées et qu’on doit accorder à la conscience subjective et autoréférentielle la primauté – qui sera au bout du compte équivoque – dans tout ce qui touche aux affaires de morale. Ce qui est donc en jeu n’est d’aucune manière un élément secondaire du kérygme, c’est-à-dire du message fondamental de l’Évangile. Ce dont nous parlons c’est de savoir si la rencontre d’une personne avec le Christ peut ou ne peut pas, avec la grâce de Dieu, donner forme à un chemin de vie chrétienne afin d’être en harmonie avec le sage plan du Créateur. Pour comprendre jusqu’où vont ces changements, il suffit de réfléchir à ce qui pourrait arriver si un tel raisonnement s’appliquait à d’autres cas, comme par exemple celui d’un médecin pratiquant des avortements, ou celui d’un homme politique appartenant à un réseau de corruption, ou encore celui d’une personne souffrante décidant de faire une demande de suicide assisté…
Certains ont dit que l’effet le plus pernicieux de tous, c’est qu’il représente une attaque contre les sacrements aussi bien que contre l’enseignement moral de l’Église. Comment peut-il en être ainsi?
Au-delà du débat sur la morale, le sens de la pratique sacramentelle dans l’Église s’érode de plus en plus, particulièrement pour ce qui est des sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie. Le critère décisif pour l’admission aux sacrements a toujours été la cohérence entre le mode de vie d’une personne et les enseignements de Jésus. Si, au lieu de cela, le critère décisif devait devenir celui de l’absence de culpabilité subjective chez une personne – comme l’ont suggéré certains interprètes d’Amoris lætitia – cela ne changerait-il pas la nature même des sacrements ? En réalité, les sacrements ne sont pas des rencontres privées avec Dieu ni des moyens d’intégration sociale dans une communauté. Disons plutôt qu’ils sont les signes visibles et efficaces de notre incorporation au Christ et à son Église, et dans et par lesquels l’Église professe publiquement sa foi et l’active. Dès lors, en transformant la culpabilité subjectivement diminuée d’une personne en critère décisif pour l’admission aux sacrements, on met en danger la regula fidei elle-même, la règle de la foi que les sacrements proclament et actualisent non seulement par des mots mais par des gestes visibles. Comment l’Église pourrait-elle continuer à être le sacrement universel du salut si le sens même des sacrements était vidé de son contenu ?
Bien que vous-même et beaucoup d’autres – y compris les 250 universitaires et prêtres qui ont diffusé une correction filiale – ayez clairement de très graves pressentiments sur les effets de ces passages d’Amoris lætitia, et du fait que vous n’avez reçu à ce jour aucune réponse du Saint-Père, allez-vous lui lancer un ultime appel ?
Oui, pour ces graves raisons et un an après avoir rendu publiques les dubia, je m’adresse de nouveau au Saint-Père et à toute l’Église, en soulignant combien il est urgent qu’en exerçant le ministère qu’il a reçu du Seigneur, le Pape puisse confirmer ses frères dans la foi en exprimant clairement l’enseignement sur la morale chrétienne et sur la signification de la pratique sacramentelle de l’Église

13 novembre 2017

[Rivarol] Abbé Ricossa: «La franc-maçonnerie et le modernisme ont les mêmes méthodes et le même but»

SOURCE - Abbé Ricossa - propos recueillis par Jérôme Bourbon - Rivarol - 15 novembre 2017

Le directeur de la revue Sodalitium, l’abbé italien Francesco Ricossa, donne chaque année à Paris depuis une décennie une série de conférences de haut niveau sur une question importante de l’actualité religieuse ou de la doctrine catholique. A l’occasion du troisième centenaire de la naissance de la franc-maçonnerie moderne, il va ainsi donner le 26 novembre (voir les horaires détaillés dans notre agenda) une série d’instructions, chacune suivie de questions de la salle, sur ce phénomène, son origine, sa doctrine, ses ramifications, son infiltration et son influence dans les milieux “catholiques” tant modernistes que traditionalistes. Nous lui posons donc des questions sur ce sujet essentiel mais aussi sur des thèmes d’actualité. 
RIVAROL : Que pensez-vous de la « correction filiale » adressée à Bergoglio à la suite de « l’exhortation apostolique » Amoris Laetitia ? Ce document, signé par des conciliaires conservateurs et le supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, qui recense sept hérésies dans Amoris Laetitia, n’a jusqu’à ce jour provoqué aucune réaction officielle du Vatican. 
Abbé Francesco RICOSSA : Amoris Laetitia, d’un point de vue technique, n’est pas une encyclique mais une exhortation post-synodale. Comme souvent je partage la critique contre cette exhortation, mais je ne peux pas être d’accord avec l’initiative. Je ne peux pas partager le fait que l’on prétend défendre la doctrine de l’Église en s’appuyant explicitement sur l’enseignement de Paul VI et de Jean-Paul II, sur Vatican II, ni approuver le fait que ce document se présente comme une correction filiale et reconnaît la légitimité de Bergoglio. Car c’est se placer dans une position insoutenable, celle de ceux qui refusent le magistère de l’Église, puisqu’ils considèrent que Bergoglio en est le chef, et qui, par conséquent, se refusent d’obéir à ce qu’ils considèrent être l’autorité légitime. Ils se placent même au-delà des “cardinaux” qui ont exprimé des dubia, des doutes ; ces derniers demandaient au “magistère” un éclaircissement sur un document “magistériel” tandis que les signataires de la « correction filiale » se permettent de refuser un document qu’ils considèrent être du magistère. 
R. : Cependant les signataires affirment que leur « correction filiale » ne remet pas en cause l’infaillibilité pontificale.
Abbé F. R. : Qu’il s’agisse d’un document infaillible ou non, le catholique filialement doit embrasser le magistère. Il ne peut pas faire le tri entre ce qui est infaillible et ce qui ne l’est pas. Tout au plus peut-on demander un éclaircissement, comme les “cardinaux” l’ont fait. Mais on ne peut pas accuser d’hérésie un document officiel du magistère. Même les anciens théologiens ayant posé l’hypothèse d’un pape hérétique supposaient toujours que le pape était hérétique en tant que docteur privé. Ils ne pouvaient même pas imaginer, parce que c’est inimaginable, qu’il soit hérétique dans un magistère authentique et officiel. 
R. : Beaucoup de traditionalistes n’ont-ils pas une vision très minimaliste de l’infaillibilité pontificale?
Abbé F. R. : Oui, non seulement du dogme de l’infaillibilité, mais de la papauté dans son ensemble. De ce que sont les prérogatives du pape, et même de la sainteté de l’Église. En cela, paradoxalement, ils se rallient à toute la politique menée par Bergoglio qui consiste à détruire l’autorité du pape et de l’Église. Car que fait-il sinon condamner le magistère de l’Église et le rôle du pape, par exemple en exaltant Martin Luther ? L’un des signataires de la « correction filiale », le professeur De Mattei, que je connais bien, a écrit un livre traduit en français, dans lequel il dresse une liste de soi-disant erreurs des papes, depuis Saint Pierre jusqu’à aujourd’hui. C’est étonnant car les traditionalistes, finalement, s’accordent avec les modernistes pour prétendre que l’Église s’est toujours trompée. Ils ne sont simplement pas d’accord sur les points sur lesquels l’Église se serait trompée !
R. : Considérer qu’un vrai pape, le vicaire du Christ, le successeur de Pierre, puisse, tout en restant pape, canoniser des saints qui n’en sont pas, promulguer un concile œcuménique, un catéchisme, un code de droit canon qui contiennent des erreurs et des hérésies, promulguer un rite de la messe et un rituel des sacrements qui soient nocifs pour la foi, publier des encycliques et autres documents pontificaux qui enseignent des erreurs graves en matière de foi et de morale, poser des actes publics scandaleux comme la réunion d’Assise ou le baiser du Coran n’est-il pas étrange ? Saint Thomas d’Aquin enseigne dans La Somme théologique qu’un catholique qui vénérerait le tombeau de Mahomet commettrait un acte d’apostasie. Or quelle différence y a-t-il entre vénérer le tombeau de Mahomet et baiser le Coran comme le fit Jean Paul II en 1999 au Vatican ? La conception d’un pape faillible pouvant publiquement enseigner et encourager l’erreur et l’hérésie ne va-t-elle pas à angle droit contre Vatican I qui enseigne explicitement et infailliblement que le siège de Pierre est toujours resté pur de toute erreur…
Abbé F. R. : Oui, cela va contre Vatican I et contre tout ce que l’Église a toujours dit et affirmé.
R. : Si je puis me permettre, cette «correction filiale» a été également signée par un ancien sédévacantiste aujourd’hui septuagénaire, l’abbé Claude Barthe. C’est une pierre dans votre jardin, non ?
Abbé F. R. : Il est vrai que l’abbé Claude Barthe était un sédévacantiste complet. Il a cependant depuis rallié Ratzinger, en est devenu l’interprète plus ou moins autorisé. Il avait une certaine proximité avec lui. Je ne peux dire ce qu’il pense, mais l’ayant connu un petit peu, je crois qu’il a une conception gramscienne. Il voudrait arriver à gagner l’ambiance moderniste de façon intellectuelle, c’est l’idée selon laquelle il est possible de faire progresser l’idée traditionaliste pour réformer de l’intérieur. C’est un procédé qui ne me convainc pas, car nous sommes dans le domaine de la foi, et pas de la politique. D’ailleurs, ce procédé ne fonctionne pas. 
R. : C’est une forme d’entrisme ?
Abbé F. R. : Oui, mais ce sont là les arts des hommes du monde, pas des hommes de Dieu, me semble-t-il.
R. : Vous évoquiez Luther. Déjà l’année dernière, au Vatican à Saint-Pierre de Rome, Bergoglio avait fait un discours sous le regard bienveillant d’une statue de Luther pour commémorer le 500e anniversaire jour pour jour de la promulgation des 95 thèses luthériennes. Il ne s’est pas contenté de cela, il est depuis allé en Suède participer activement à des offices œcuméniques avec des pasteurs femmes, il continue de faire des déclarations très favorables à Luther. Que penser de tout cela ?
Abbé F. R. : En réalité dans pratiquement tous les diocèses il semble qu’un ordre vienne d’en haut pour que l’on commémore et fête la “Réforme”. La Cité du Vatican a même produit le 31 octobre un timbre sur lequel on peut voir Luther et Melanchthon, théologien et ami de Luther. Tout cela se fonde sur l’équivoque de ce document dans lequel luthériens et “catholiques” ont trouvé un accord au sujet de la justification. J’avais rédigé un article dans Sodalitium à cette occasion. Il est vrai que la doctrine de la miséricorde de Bergoglio ressemble fortement à la théorie de la justification de Martin Luther. Bergoglio a notamment essayé de faire comprendre aux confesseurs que l’homme est nécessairement pécheur, et par conséquent même si le pénitent n’avoue pas ses fautes, ne se repent pas, ne se corrige pas, la miséricorde de Dieu le couvre comme d’un manteau et pardonne toujours. C’est la même doctrine que Martin Luther, sous un autre nom. 

Bergoglio est luthérien, et ce n’est pas l’offenser que de le dire, puisqu’il ne cache pas sa dévotion envers ce personnage qui a été un ennemi déclaré de la papauté, des sacrements, du sacrifice de la messe, de toutes les vertus chrétiennes, de la foi. Ce qui est étonnant, c’est que la plupart des baptisés ne s’en rendent pas compte. Il faut dire que cet éloge de Luther est ancien, c’est presque une sorte de tradition. Cela avait commencé avec Jean Paul II.
R. : En 1999, il y avait déjà eu en effet un accord sur la justification...
Abbé F. R. : Oui, Jean Paul II s’était rendu en Allemagne, tel un pèlerin, avait-il déclaré, sur les traces de Martin Luther. Il s’était rendu au temple luthérien de Rome. Ratzinger a fait de même. De ce point de vue, Bergoglio n’est pas un novateur. Il est dans une tradition, hélas ce n’est pas la tradition catholique.
R. : Mais Bergoglio ne va-t-il pas plus loin que ses prédécesseurs, au moins sur le plan du démantèlement public et radical de la morale chrétienne : sur le divorce, l’homosexualité, l’abandon dans les faits de l’indissolubilité du mariage, la caution publique donnée à des mouvements du lobby LGBT, à des clercs militant ouvertement pour l’ordination de prêtres homosexuels et favorables au “mariage” des invertis ?
Abbé F. R. : Bergoglio développe ce qui avait déjà été posé, même à partir de Paul VI. Certes on trouve des contradictions matérielles entre ce que dit Bergoglio et ce que disaient par exemple Wojtyla ou Montini. Mais cela est une contradiction, je dirais, dans la lettre. Mais au fond, dans l’esprit, à partir de Montini déjà, encore plus sous Wojtyla, il y a ce personnalisme, même d’un point de vue moral, qui posait les bases, le fondement philosophique, d’un retournement même dans le domaine de la morale, surtout de la morale sexuelle, et que Bergolio n’a fait qu’amener aux dernières conséquences. Même Ratzinger avait déjà commencé à entrevoir des solutions “mondaines” à la question des divorces, des pécheurs publics. Bergoglio n’est pas né d’une façon imprévue dans un terrain vierge. Il est l’héritier de toute une mentalité qui est la mentalité moderniste et conciliaire. La différence est qu’il est grossier, parle plus ouvertement, ne cherche pas à cacher ce qu’il dit sous une terminologie théologique, alors évidemment pour les gens du monde c’est plus voyant.
R. : Mais cela ne suscite pas tellement plus de réactions dans le monde officiellement catholique.
Abbé F. R. : Un petit peu plus. Pas autant qu’il le faudrait. C’est que, après plus de 50 ans de modernisme, les gens sont déjà complètement dans le coma : ils ont une foi faible ou complètement pervertie. Ils ne savent plus ce qu’est une vérité de foi. Cette façon si claire de procéder, si on l’avait mise en place en 1965, aurait alors choqué, suscité des réactions violentes. Mais il ne faut pas oublier plus d’un demi-siècle de prédication moderniste ininterrompue. Lorsque le premier rassemblement œcuménique et syncrétique d’Assise avait été réuni par Jean Paul II en octobre 1986, cela avait suscité une grande stupéfaction et certaines incompréhensions. Aujourd’hui hélas ce genre de rassemblements qui a lieu tous les ans passe comme une lettre à la poste et, trente ans après, ne suscite d’indignation qu’auprès d’une infime minorité de baptisés.
R. : Un mot sur ce que dit à répétition Bergoglio sur l’accueil sans réserve, sans limite, de migrants mahométans en Europe...
Abbé F. R. : Les modernistes n’ont plus un horizon doctrinal, qui place la foi et les choses spirituelles au premier plan, mais ont seulement un point de vue horizontal et humanitariste. Evidemment les conséquences sont moins graves d’un point de vue strictement doctrinal puisque l’accueil, la miséricorde, la charité à l’égard du pauvre, du malheureux ont toujours existé, c’est dans le message de Notre-Seigneur. Mais ce qui est grave c’est qu’une immigration incontrôlée et massive, a fortiori de personnes professant une religion hostile à la religion catholique, est un phénomène très difficile à corriger et à changer. C’est un problème quasiment impossible à éliminer et qui va causer un bouleversement considérable dont les conséquences pour le bien commun sont infinies. C’est l’autorité temporelle qui devrait — et aurait dû — intervenir pour sauvegarder le bien commun mais là aussi on observe le silence le plus absolu.

Le fait que l’Europe n’a plus aucune foi, ni aucune morale conduit évidemment à la dissolution des identités. Mais je pense que le phénomène des flux migratoires a été voulu. L’Europe était déjà dans ce malheureux état d’apostasie avant que le phénomène de l’immigration massive ne commence. Par ailleurs, les problèmes de pauvreté et de guerre existaient déjà il y a un demi-siècle dans les continents les moins favorisés et pourtant il n’y avait presque pas d’immigration. Ce phénomène a donc été organisé au plus haut niveau, et dans un but bien précis.

Mais le problème le plus grand, plus important encore que l’invasion qui vient du dehors, c’est la corruption qu’il y a chez nous. Si notre civilisation était à la hauteur de son passé, de son héritage, la plupart de nos problèmes auraient été résolus. Mais malheureusement c’est nous qui sommes les premiers coupables. Et il est évident que nous avons été trahis, ceux devant œuvrer au bien travaillant en réalité pour l’ennemi.
R. : Cette année ce n’est pas seulement le cinq-centième anniversaire de la Réforme luthérienne, c’est également le trois-centième anniversaire de la création de la franc-maçonnerie moderne. A cette occasion, et pour commémorer ce triste événement, vous donnez à Paris le 26 novembre une série de conférences sur ce sujet. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Abbé F. R. : Ces trois cents ans de la fondation de la franc-maçonnerie moderne sont l’occasion de réfléchir sur ce phénomène, sur cet ennemi farouche du christianisme et de la foi d’autant plus dangereux qu’il agit, en grande partie, en secret. Dans ce but, je vais donner trois instructions. La première, c’est l’histoire de la maçonnerie à l’envers. Au lieu de commencer en 1717 et d’aller jusqu’à maintenant, ce que beaucoup de personnes souhaiteraient et qui serait intéressant, c’est plutôt l’histoire à l’envers. Nous étudierons les origines de la maçonnerie, ou la maçonnerie avant la naissance officielle de la maçonnerie moderne. D’où viennent ces hommes qui ont fondé la franc-maçonnerie à Londres le 24 juin 1717 ? Quelles étaient leurs idées ? Et quelle a été l’origine de la maçonnerie, ce qui est une question bien disputée ?

La deuxième conférence se penchera sur la doctrine de la maçonnerie. Et le point de départ sera l’encyclique de Léon XIII Humanum genus. Elle sera complétée par l’essai d’Arthur Preuss sur la franc-maçonnerie américaine qui est un des meilleurs ouvrages sur la question mais qui, en France curieusement, n’a eu aucun écho. 

La troisième encyclique est une question d’actualité, l’influence que l’ennemi peut avoir sur les modernistes, ce qui est évident, mais aussi dans “nos” milieux pour s’en garder. C’est la partie la plus polémique et la plus croustillante si j’ose dire !
R. : Que répondre à ceux qui prétendent que la franc-maçonnerie n’a plus aujourd’hui l’influence qu’elle avait par le passé ?
Abbé F. R. : Permettez-moi de sourire devant de telles affirmations. Un ancien grand maître du Grand Orient d’Italie dans les années soixante disait que la maçonnerie aurait gagné la partie le jour où tout le monde penserait comme la franc-maçonnerie, c’est-à-dire quand les valeurs de la franc-maçonnerie deviendraient la façon de penser du monde entier. Nous y sommes. Autrefois il est vrai que la franc-maçonnerie était au gouvernement dans les principaux pays, et c’est d’ailleurs encore le cas aujourd’hui, sous une forme ou sous une autre, mais alors il y avait une réaction. Il y avait ceux qui défendaient les principes de la franc-maçonnerie et ceux qui s’y opposaient, les autorités de l’Église catholique et une partie du peuple. Aujourd’hui même ceux qui s’opposent en parole à la franc-maçonnerie, ce qui fait bien peu de monde, très souvent, sans le savoir, partagent les mêmes principes que la secte. Ils ne se rendent même pas compte qu’ils approuvent et diffusent dans les faits les idées de la franc-maçonnerie. C’est le meilleur signe de la victoire des frères trois points. 

Certains ne s’aperçoivent même plus de la présence néfaste de la franc-maçonnerie car elle est vraiment partout, y compris chez ceux qui prétendent être l’autorité de l’Église catholique. Les réunions d’Assise sont ainsi une manifestation impressionnante de ce qui est fait dans les loges. C’est la même méthode qui est utilisée et dans le même but. Le fondateur de la communauté de Sant’Egidio, Andrea Riccardi, qui organise ces réunions d’Assise, a déclaré il y a quelques années que son inspirateur, c’est le rabbin de Livourne, Elie Benamozegh, un homme très proche de la franc-maçonnerie et désireux de réaliser les principes du noachisme, lequel est cité dans les Constitutions d’Anderson, c’est-à-dire les constitutions qui règlent la maçonnerie moderne. 
R. : Les mouvements de droite radicale en Europe ne sont-ils pas eux-mêmes infiltrés par la franc-maçonnerie ?
Abbé F. R. : Oui, et cette infiltration existe de deux points de vue : du point de vue des hommes et du point de vue des idées. Il y a des mouvements où des francs-maçons sont acceptés voire promus. De manière ouverte ou cachée. Et puis il y a un problème d’idées : des personnes qui ne sont pas initiées partagent les principes les plus importants de la maçonnerie. Je ne parle pas là seulement de ces principes qui sont devenus hélas la pensée commune de tout le monde, qui sont enseignés à l’école, proclamés à la “paroisse”, liberté, égalité, fraternité, etc, mais je parle de l’ésotérisme. Dans “nos” milieux, ceux qui s’opposent souvent sincèrement à la triade révolutionnaire et au monde moderne le font fréquemment au nom d’une doctrine ésotérique qui est l’essence même de la maçonnerie. On sort d’une erreur pour tomber dans une autre erreur non moins grave. 
R. : Vous pensez à l’influence dans les milieux de droite radicale que peuvent avoir des penseurs comme René Guénon ou Julius Evola ?
Abbé F. R. : Ces deux penseurs, Guénon et Evola, ont pu avoir dit quelque chose de vrai, notamment sur le rejet et la dénonciation du monde moderne, au milieu de beaucoup de choses fausses, de sorte que nombreux sont ceux qui, pensant s’opposer au monde actuel, adhèrent à tous les principes de la maçonnerie. C’est évident dans le cas de René Guénon puisqu’il a été lui-même initié. Dans le cas d’Evola, son appartenance à la maçonnerie est loin d’être démontrée mais c’était un intellectuel dont les fréquentations maçonniques sont évidentes et sa doctrine ésotérique qu’il n’a jamais cachée en fait objectivement un compagnon de route de la maçonnerie.
R. : Quels ont été les rapports du fascisme italien et de la maçonnerie ?
Abbé F. R. : Le fascisme italien était tout d’abord un pragmatisme mené par l’instinct politique de Mussolini qui a changé de nombreuses fois, s’adaptant à la pratique. Il est certain qu’au début du fascisme la plupart des hiérarques étaient initiés, quasiment tous ceux qui ont voté contre le Duce en 1943 dans le grand conseil fasciste étaient également francs-maçons, mais aussi quelques-uns qui sont restés à ses côtés dans la République sociale italienne. Mais il est vrai aussi que le fascisme a déclaré illégales toutes les sociétés secrètes de sorte que la maçonnerie sous Mussolini a pratiquement disparu du pays et n’a eu à nouveau droit de cité que quand les Alliés américains et anglais ont débarqué en Italie. Il est vrai aussi que ceux qui ont essayé avant-guerre d’assassiner Mussolini venaient de la théosophie et étaient donc liés à la maçonnerie. Les choses sont donc compliquées. J’en ai parlé dans Sodalitium dans un article sur un personnage très aimé dans les milieux fascistes, le grand poète Ezra Pound, lequel venait d’un milieu anglais très porté vers la théosophie. 

Nul doute par ailleurs que le fascisme était proche à son origine des principes ayant présidé au Risorgimento. Il est vrai aussi que, durant le régime, certains ont pensé que le gouvernement de Mussolini aurait conduit à un triomphe de l’ésotérisme, par exemple le groupe d’Evola et Reghini, mais pas seulement eux, celui de D’Annunzio également. Ce courant-là voulait que le fascisme marquât une continuation du mouvement du Risorgimento dans un sens clairement ésotérique. Mais il a été déçu au moment du Concordat. D’autres courants ont en revanche pensé que le fascisme, malgré tous ses défauts doctrinaux, aurait pu, peu à peu, apporter, d’un point de vue plus pratique que spéculatif, un remède à la révolution italienne et ont travaillé dans ce but, par exemple Mgr Benigni, le fondateur de la Sapinière qui s’opposait aux principes du mouvement fasciste, mais qui a collaboré activement avec le régime, cela dans le but de l’amener à des positions catholiques. Tout le monde a donc essayé d’amener ce gouvernement de son propre côté.
R : Que répondez-vous à ceux qui distinguent entre une bonne et une mauvaise maçonnerie, une maçonnerie blanche, monarchiste, royaliste et traditionaliste qui serait honorable et une maçonnerie rouge, athée, révolutionnaire qui serait à rejeter ? 
Abbé F. : Je réponds que la franc-maçonnerie a travaillé à couper la tête du Roi ! Il est certes vrai qu’il y a eu des monarchistes qui étaient des francs-maçons et même des ennemis de la Révolution française. Ils avaient raison d’être contre la Révolution mais ils avaient tort d’être influencés par l’ésotérisme maçonnique, je pense notamment à un Joseph de Maistre. 

L’Église ne fait pas de distinction entre la maçonnerie anglaise et la maçonnerie française, entre une maçonnerie de droite et une maçonnerie de gauche. Toutes les maçonneries se proclament pour une tradition, évidemment c’est leur tradition qui n’est pas la nôtre !

Il y a des principes communs à toute maçonnerie. Nous avons réédité le livre d’Arthur Preuss Essai sur la franc-maçonnerie américaine. Le but de l’auteur était de montrer que la maçonnerie anglo-saxonne partage les mêmes principes que la maçonnerie latine, la même farouche opposition à l’Église. C’est une illusion de croire à une franc-maçonnerie respectueuse de la religion. Il faut donc lutter contre toute maçonnerie, et contre tout ésotérisme, même s’il est partagé par des gens qui ne sont pas initiés en Loge.
R. : Comment peut-on brièvement définir les principes de la maçonnerie ? 
Abbé F. R. : Il est difficile en peu de mots de donner une vue d’ensemble de la maçonnerie. Il y a tout d’abord une doctrine officielle, que la maçonnerie proclame pour les autres, celle que nous connaissons et qui préside au gouvernement de nos pays : la liberté, l’égalité, la fraternité, la liberté religieuse, la laïcité, la tolérance, la non-discrimination. C’est ce que tout le monde partage. Tout le monde le boit avec le lait de sa mère, c’est l’air que nous respirons. Mais il y a aussi et surtout une doctrine ésotérique qui est la véritable pensée maçonnique. Le pape Léon XIII dans l’encyclique Humanum genus explique que le point essentiel de la maçonnerie c’est le naturalisme, l’adogmatisme. Il n’y a rien qui soit supérieur à la nature, pas même Dieu qui se confond avec la nature, si toutefois Il existe (ce à quoi ne croient pas toutes les loges). Tout ce qui est révélé, le monde de la grâce, la Révélation, la transcendance divine, les dogmes de foi, est inacceptable en franc-maçonnerie. 

Il faut bien comprendre que dans la maçonnerie deux aspects existent et doivent être distingués. Un aspect rationaliste et un aspect magique, lequel n’est pas contraire mais complémentaire au premier. On observe la négation de la véritable religion mais celle-ci étant niée d’une manière rationaliste est comme remplacée par les mystères maçonniques qui sont une réédition des anciennes hérésies de la gnose païenne et de la kabbale juive qui ont plus ou moins les mêmes principes. Les mystères du paganisme unis au courant de l’alchimie Rose-Croix, de l’hermétisme, du néoplatonisme, ce sont là la philosophie et la religion maçonniques qui aboutissent au culte du Serpent. Il n’est pas étonnant que parmi les personnages de la tradition maçonnique on exalte Caïn, une lignée certes traditionnelle mais démoniaque. Quand le poète italien Carducci écrit son Hymne à Satan, il montre ces deux aspects de la maçonnerie : un naturalisme rationaliste, Satan est le symbole de la négation de Dieu dans le progrès humain, et en même temps une tendance démoniaque, magique et satanique. 
R. : Que penser des distinctions entre maçonnerie matérialiste et maçonnerie spiritualiste ?
Abbé F. R. : C’est la même maçonnerie, ce sont les deux faces de la même médaille. Le maçon matérialiste est toujours ésotérique. Sans l’ésotérisme, sans le symbolisme, sans le secret, il n’y a pas de maçonnerie. Et dans le même temps le maçon ésotériste avec sa prétention de se lier aux anciennes traditions de toutes les religions est en fin de compte un matérialiste. Car quelle est cette tradition, quels sont ces mystères, quel est ce divin dont ils parlent ? Ce n’est rien. Le matérialisme et le spiritualisme ne sont donc pas deux choses qui s’opposent en maçonnerie. Chez certains c’est l’aspect matérialiste grossier qui prévaut, chez d’autres c’est l’aspect symbolique religieux. Mais en réalité les deux se rejoignent dans une même doctrine.
R. : Votre troisième conférence sur maçonnerie, modernisme et traditionalisme semble polémique. Qu’entendez-vous démontrer dans cette instruction ?
Abbé F. R. : C’est en effet la partie de la conférence la moins intellectuelle, celle qui se prête le plus à des polémiques. Je vais essayer de montrer les liens entre le modernisme et l’occultisme, le modernisme et la pensée maçonnique. Dans le modernisme comme dans la maçonnerie il y a ces deux visages, un aspect naturaliste et un aspect (faussement) mystique : le moderniste philosophe, historien, politicien, est un rationaliste et un agnostique. Et dans le même temps il prétend être un croyant, ce qu’il n’est pas. La doctrine moderniste et la doctrine maçonnique se rejoignent. 

Plus étonnante est la question du traditionalisme. On entend par ce mot non pas le traditionalisme du XIXe siècle qui, tout en ayant été la philosophie de la Restauration et avec Lamennais hélas celle aussi du libéralisme, est l’ancêtre soit du modernisme, soit du guénonisme, mais le traditionalisme moderne, celui qui s’oppose à Vatican II et auquel nous nous rattachons. Même dans “nos” milieux il y a des infiltrations soit des idées, soit de certaines personnes développant une ambiance ésotérique. Il y a plusieurs cas concrets à examiner. C’est ce que je ferai dans cette conférence. Et même chez ceux qui n’ont pas des fréquentations ou des idées ésotériques, d’aucuns, dans des groupements traditionalistes, utilisent les méthodes maçonniques pour arriver à leurs fins. Il faut mettre tout cela en lumière. C’est donc un sujet de discussion pour se garder de certains problèmes. 

Tout cela bien sûr, il faut l’affirmer sans tomber dans un travers assez fréquent hélas chez ceux qui combattent à juste titre la franc-maçonnerie, c’est-à-dire de le faire sans esprit critique suffisant, sans documents à l’appui, sans preuve avérée, sans formation approfondie. Il y a dans l’antimaçonnisme un côté sérieux et même indispensable mais il y a aussi des ouvrages, des auteurs, des sites moins sérieux et moins fiables. De même il y a ceux qui se gardent des infiltrations maçonniques, j’en suis, et ceux qui prétendent que tous ceux qui ne pensent pas comme eux sont des francs-maçons. Ce qui est ridicule et peut jeter à tort le discrédit sur toute l’école anti-maçonnique. 
R. : Aborderez-vous au cours de vos conférences la question de la judéo-maçonnerie ?
Abbé F. R. : C’est une question vraiment importante. Nous en parlerons dans la première conférence car, à l’origine de la maçonnerie, la pensée de la kabbale est incontestablement présente. Non seulement d’ailleurs dans la maçonnerie mais dans toutes sortes d’ésotérisme. Nous évoquerons aussi cette question dans la deuxième instruction car une partie importante de la doctrine maçonnique n’est au fond rien d’autre que du kabbalisme. Mais il n’y aura pas une instruction explicitement et exclusivement consacrée à la judéo-maçonnerie. Ce sujet mériterait à lui seul un nouveau congrès. Peut-être une autre année !
  • Propos recueillis par Jérôme BOURBON.
  • Entretien paru en pages 8 et 9 du numéro 3305 de RIVAROL daté du 15 novembre 2017. Editions des Tuileries, 19 avenue d’Italie, 75013 Paris.

12 novembre 2017

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Menzingen Commande

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 11 novembre 2017

La Fraternité s’est sauvée des impies ?
C’est en refusant Rome qu’elle est restée en vie.

Loin s’en faut que tous les lecteurs de ces “Commentaires” voient d’un œil favorable la critique des propos et des actes de Menzingen, siège de la Néo-fraternité Saint Pie X. Cependant, nombreux sont ceux qui y retrouvent l’esprit de Mgr Lefebvre agissant pour le bien de l’Église catholique. Ce prélat n’a-t-il pas eu mille fois raison d’adopter l’attitude féconde qui fut la sienne, au lieu de suivre le Concile Vatican II dans son naufrage ? Il en va de même maintenant : pour le salut des âmes, il est pleinement justifié de critiquer publiquement le glissement de la Néo-fraternité dans les bras de la Rome conciliaire. Ce glissement est encore clairement préconisé dans le numéro de juin de « Cor Unum », journal interne de la Fraternité qui est rédigé à Menzingen pour les prêtres de la Fraternité : Menzingen s’obstine et mérite d’être repris publiquement.

En italique, nous donnons ci-dessous un résumé juste de quelques-uns des principaux arguments pouvant être consultés sur le site Internet Résistance catholique francophone : Cor Unum juin 2017

Mgr Lefebvre a réservé à la seule compétence du Supérieur Général (SG) la question des relations de la Fraternité avec Rome. La raison en est qu’il savait ne pas pouvoir escompter que ses propres prêtres comprennent le haut degré de prudence à déployer dans les rapports avec les autorités romaines. L’attitude du SG actuel montre à quel point le Fondateur de la Fraternité a vu juste.

Le Chapitre Général de 2006 a donné pouvoir aux autorités de la Fraternité de renvoyer tout prêtre qui se mettrait publiquement en désaccord avec leur politique – “Cet avertissement doit être pris au sérieux.” Voilà exactement comment Mgr Lefebvre a été sanctionné par Paul VI. Les responsables de Menzingen se rendent-ils compte comment ils sont en train d'imiter Paul VI ? Et les prêtres qui ont voté au Chapitre en 2006 ont-ils prévu que leur autorisation de renvoi aboutirait à cela ?

Qu’importe la qualité des arguments de la dissidence ? S’opposer publiquement aux autorités nuit toujours au bien commun. Mgr. Lefebvre a-t-il porté atteinte au bien commun de la (véritable) Église par ses deux décennies de dissidence ? C’est la vérité qui est l’ultime mesure de l’autorité, en particulier dans l’Église catholique. La vérité ne dépend pas de l’autorité pour être vraie !

Mgr Lefebvre a sauvé l’Église en formant des prêtres selon la Tradition catholique. Soyons plus précis – Il a formé de bons prêtres pour sauver la Foi catholique. Par contre Menzingen fait former les futurs prêtres actuellement pour qu’ils se soumettent à la Rome Conciliaire, si bien qu’ils risquent de ne pouvoir sauver ni la Foi ni l’Église.

Mgr. Lefebvre a toujours reconnu les autorités ecclésiastiques en place, et sa volonté était que les prêtres de la Fraternité fissent de même, avant comme après la consécration des quatre évêques en 1988. Oui, mais en 1988, son attitude changea radicalement, dès qu’il devint clair que les Romains n’avaient nullement l’intention de s’occuper de la Fo i. “Jusqu’à maintenant, nous avons usé de diplomatie, dit-il, mais désormais nous nous appuierons sur la doctrine ». Menzingen le sait bien. Mais Menzingen est loin d’accorder à la doctrine la même importance que Mgr. Lefebvre lui accordait.

En effet, les rebelles à l’orientation de Menzingen voudraient dogmatiser des questions qui ne relèvent que de la prudence. Non. Soumettre des catholiques croyants à des Conciliaires, c’est-à-dire à des croyants douteux, relève directement de la Foi.

Mais comment espérer convertir les Romains si les catholiques de la Fraternité refusent tout contact avec eux ? Comment les catholiques peuvent-ils garder la Foi s’ils se soumettent à la contagion de modernistes, surtout si ceux-ci sont inconscients du danger qu’ils représentent pour la Foi ?

Pas tout n’est Conciliaire dans l’Église actuelle. Celle-ci inclut aussi des conservateurs qui nous apprécient. Mais les conservateurs ont peu de pouvoir. Le pouvoir à Rome est essentiellement entre les mains de francs-maçons, qui sont les ennemis jurés de la Tradition catholique, de l’Église de Notre-Seigneur, de Notre-Seigneur et de Dieu. Tout ce qui se trouve actuellement dans l’Église sert la finalité Conciliaire. Comment pourrait-il en être autrement avec le Pape François ?

Kyrie eleison.

[Paix Liturgique] 11 novembre 2017: le diocèse de Nanterre fête Summorum Pontificum

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 619 - 4 novembre 2017

Un pèlerinage d'action de grâce pour le motu proprio

C’est le site du diocèse de Nanterre qui l’annonce (voir ici) : en point d'orgue d'une journée d'action de grâce, une messe sera célébrée dans la forme extraordinaire du rite romain à la cathédrale de Nanterre (28 rue de l'Église), le samedi 11 novembre 2017 à 15h30.


À gauche : Sainte-Marie-des-Fontenelles, l'église de Nanterre initialement affectée à la liturgie traditionnelle. À droite, la cathédrale Sainte-Geneviève, qui accueillera les fidèles du diocèse samedi 11 novembre 2017.
Un diocèse à part

Quoi de plus normal en ce dixième anniversaire du motu proprio Summorum Pontificum, serait-on tenté de nous répondre, que de voir une telle initiative prendre forme dans un grand diocèse comme celui de Nanterre ? Pourquoi consacrer spécialement une de nos lettres à cet événement quand d’autres célébrations ou pèlerinages similaires ne bénéficient pas forcément d'une même publicité ?

Tout simplement parce que le diocèse de Nanterre, où la messe traditionnelle et les fidèles qui y aspiraient furent naguère fort malmenés, est aujourd’hui un bon exemple de diocèse où l'application du motu proprio se passe dans la paix : lorsque les demandeurs y sont déterminés, la mise en place de la forme extraordinaire au niveau paroissial suit sans trop de difficultés et lorsque l’autorité diocésaine est appelée à intervenir, une solution y est d'ordinaire trouvée en bonne entente.

Signalons au passage que l’intérêt de cette célébration tient aussi à la personnalité de l’évêque de Nanterre, Mgr Michel Aupetit, représentative d’une nouvelle génération d’évêques français, plus inclusive et ouverte que la précédente, dont on ne va pas tarder à voir – en particulier lors de la nomination très attendue du futur archevêque de Paris ou lors de l'élection du prochain président de la Conférence épiscopale – si elle est destinée ou non à assurer la relève de l'Église de France.

Nous ne retracerons pas ici l'engagement de nombreuses familles du diocèse de Nanterre qui décidèrent, au début des années 2000, d’aller chaque dimanche à la rencontre de leurs frères et sœurs chrétiens à la sortie des messes du diocèse. Avec détermination et persévérance, ces familles témoignèrent pendant plus de deux ans de leur désir de dialogue et de leur souhait de vivre leur foi au rythme de la liturgie traditionnelle de l’Église. Rappelons juste que c'est cette expérience qui est à l'origine de la naissance de Paix Liturgique.

Ces familles se souviennent qu'à l'époque l'autorité diocésaine répétait avec insistance que jamais une telle célébration ne serait accordée et que leur demande d’obtenir trois lieux de culte pour couvrir toute l’étendue du diocèse n'était rien d'autre qu'une provocation. Force est de constater que quelques années plus tard, grâce à Benoît XVI et à leur persévérance, l'histoire leur a donné raison.

Un diocèse en paix

Ainsi, à la veille de cette journée du 11 novembre 2017, on trouve dans le diocèse de Nanterre (qui couvre le département des Hauts-de-Seine), trois messes dominicales :
- à Saint-Cloud : église Notre-Dame des Airs (13, avenue Alfred Belmontet) dimanche et fêtes à 9h30;
- à la Garenne-Colombes : église Saint-Urbain (place de la liberté) dimanche à 9h30;
- au Plessis-Robinson : église Saint-Jean-Baptiste (Cours de Communes) dimanche et fêtes à 10h30.
À ces lieux, il convient d'ajouter la chapelle de l'Institution Saint-Pie X à Saint Cloud ainsi que la messe célébrée un vendredi par trimestre à 13h à la Défense à l’église Notre-Dame de Pentecôte. Pour un diocèse dans lequel aucune perspective n'était envisageable il y a quinze ans, un tel bilan, même s’il est encore largement insuffisant, va évidemment dans le bon sens.

La mise en place des célébrations dominicales de la liturgie traditionnelle dans les trois lieux de culte précités a permis de démontrer que les menaces de troubles et de division agitées pendant des années pour refuser aux fidèles la nourriture spirituelle qu’ils réclamaient étaient parfaitement infondées. Le masque des véritables ennemis de la paix est tombé.

C'est donc une grande joie de voir les trois communautés diocésaines se retrouver pour rendre grâce pour le don du motu proprio de Benoît XVI et de le faire dans la seule et vraie « maison diocèsaine » qui compte : la cathédrale Sainte-Geneviève de Nanterre. Bien entendu, cette journée s’adresse non seulement aux fidèles des trois communautés Summorum Pontificum actuelles mais aussi, plus généralement, à tous les fidèles du diocèse. C’est, pour tous, une reconnaissance et un signe d’espérance.

C'est aussi une invitation à redoubler d'efforts pour les familles des paroisses où des demandes solides ont déjà été exprimées. Nous pensons en particulier à Vaucresson, où plus de 160 demandeurs avaient assisté à une messe " expérimentale" (voir notre lettre 339), mais aussi à Sèvres ou plus de 50 familles avaient fait connaitre leur desir de voir célébrer une messe selon l'usus antiquor ou Boulogne Billancourt où 66,8 % des catholiques pratiquants déclaraient en 2011 (sondage JLM Études pour Paix Liturgique) qu’ils assisteraient au moins une fois par mois à la messe traditionnelle si celle-ci était célébrée dans leur paroisse.

Tout comme l’ensemble de la région parisienne, le diocèse de Nanterre a donc encore pour agir dans la Paix et la Réconciliation un très fort potentiel de célébrations de la forme extraordinaire du rite romain à mettre en oeuvre dans ses paroisses. Prions donc pour le succès de cette belle journée de pèlerinage et, en particulier, pour que les fruits du motu proprio Summorum Pontificum puissent être goûtés par toujours plus de paroisses du diocèse. RV samedi 11 novembre !
-------
Programme de la journée

3 lieux de rendez-vous
10h30 : départ de Saint-Urbain à La-Garenne-Colombes
11h : départ de Sainte-Marie-des-Fontenelles à Nanterre
11h30 : départ de la gare ferroviaire de Suresnes

Déjeuner en commun
12h : Pique-nique à l’Aumônerie de l’Enseignement Public 74, rue Volant à Nanterre

Conférence
14h30 : conférence sur saint Martin et sainte Geneviève par Mgr Aybram, à la cathédrale Sainte-Geneviève de Nanterre

Sainte Messe
15h30 : messe présidée par Mgr Aybram

11 novembre 2017

[FSSPX Actualités] Deux nouveaux timbres commémorent la Réforme protestante et saint François de Sales !

SOURCE - FSSPX Actualités - 11 novembre 2017

Le Bureau philatélique et numismatique de la cité de l’Etat du Vatican a annoncé le 31 octobre 2017 l’émission de deux nouveaux timbres. Non sans contradiction, l’un commémore les 500 ans de la Réforme protestante, l’autre les 450 ans de la naissance de saint François de Sales (1567-1622).

Le premier timbre, d’une valeur d’1€, représente « agenouillés respectivement à gauche et à droite de la croix, Martin Luther (1483-1546) soutenant la Bible, source et objectif de sa doctrine, et Philipp Schwarzerdt dit Melanchthon (1497-1560), ami de Luther, un des plus grands protagonistes de la Réforme, qui tient en main la confession d’Augsbourg, première exposition officielle des principes du protestantisme », selon la notice du Bureau philatélique. L’annonce de ce timbre intervient 500 ans, jour pour jour, après l’affichage par Martin Luther de ses 95 thèses sur la porte de l’église du château de Wittenberg (Allemagne), le 31 octobre 1517.

La notice accompagnant ce timbre reprend des extraits des discours du pape François lors de son voyage en Suède, les 31 octobre et 1er novembre 2016. La « foi commune » (sic) des catholiques et des protestants en Jésus-Christ demande une « conversion quotidienne » (et réciproque ?) par laquelle il s’agit de rejeter « les désaccords et les conflits historiques qui empêchent le ministère de la réconciliation », expliquait le souverain pontife, ajoutant que l’unité des chrétiens était une priorité. Comme le rappelait très justement Mgr Bernard Fellay, dans sa Lettre aux Amis et Bienfaiteurs (n°87), à Pâques 2017, c’est ainsi que « le sens du mot œcuménisme a été changé, le concept d’unité a été modifié, et les moyens pour y parvenir ont été faussés ».

Le second timbre, émis dans le même temps de façon paradoxale, est un portrait de saint François de Sales dans le style d’un vitrail, avec une valeur faciale de 2,55€. Patron des écrivains et des journalistes catholiques, il est présenté une plume à la main. Ce saint a « vécu son ministère avec la ferme volonté de sauvegarder l’Eglise de Rome de la Réforme calviniste », détaille la notice, précisant : « C’est par l’amour de Dieu qu’il ramena à la communion catholique de nombreux fidèles qui s’en étaient séparés ».

Le saint français est né en Haute-Savoie le 21 août 1567, d’une noble famille savoyarde restée catholique en pays calviniste. Devenu prêtre, il mena courageusement une mission de quatre ans (1594-1598) en Chablais envahi par les Bernois calvinistes (région du nord de la Savoie et du sud du lac Léman), où il va innover, dès 1595, en s’adonnant à l’apostolat par la presse. A Thonon, capitale du Chablais, il prêche dans l’unique église catholique tandis qu’une ordonnance publique du consistoire calviniste de la ville interdit aux protestants de venir écouter ses prédications. Aussi s’adressera-t-il à eux par des articles imprimés et distribués sous les portes des maisons calvinistes, réunis et dénommés par la suite Les Controverses. Saint François de Sales fut évêque du diocèse de Genève exilé à Annecy, de 1602 à 1622. Il a été canonisé en 1662, et Pie IX le proclama Docteur de l’Eglise en 1877 disant à propos des Controverses : « une merveilleuse science théologique resplendit dans cet ouvrage ; on y remarque une méthode excellente, une logique irrésistible, soit par rapport à la réfutation de l’hérésie, soit relativement à la démonstration de la vérité catholique. »

Ces deux timbres ont été tirés à 120.000 exemplaires chacun. Ils doivent entrer en circulation le 23 novembre prochain.